Enseigner, scénario pour un métier nouveau, Paris, ESF éditeur, 1989

Après plusieurs ouvrages centrés sur les apprentissages, l'organisation du travail de groupe, la mise en place d'une pédagogie différenciée, la construction de situations problèmes, ce livre s'intérèsse lui, surtout, à tout ce qui concerne le "suivi individualisé" de l'élève. Il prend acte de la démocratisation de l'accès à l'Ecole - que certains nomment "massification" - et de la difficulté à démocratiser la réussite dans l'Ecole. Il souligne que cette dernière exige un changement d'attitude chez les professeurs qui doivent accompagner chaque élève afin de lutter efficacement contre toutes les formes de "fatalité", sociologiques, psychologiques, scolaires. Il propose une manière de "faire la classe" sans, pour autant, abandonner le travail d'appropriation des savoirs à l'aléatoire des situations individuelles. Il s'efforce également de tirer les conséquences de cela en imaginant des dispositifs de formation des maîtres et des évolutions institutionnelles qui permettraient à l'Ecole de relever le défi de la modernité... Pour l'anecdote, au moment de sa sortie, en 1989, ce livre comportait un bandeau où était inscrit : Le cours était presque parfait.

Peut-on encore enseigner aujourd'hui comme on le faisait quand l'École se résignait à l'échec et à la sélection précoce d'une grande partie des élèves ? Peut-on franchir la porte d'une classe sans crainte ni ennui, avec l'espoir que chacun apprenne ? Peut-on être heureux dans ce métier si souvent considéré comme tristement répétitif ? À lire et écouter certains propos, on en douterait. Et si l'enseignement etait, au contraire, la plus grande aventure offerte aux hommes à l'aube du XXle siècle? Si l'École était un continent ouvert à de nouveaux pionniers, Ie grand chantier d'aujourd'hui, celui ou s'ébauche notre destinée collective ? Si l'on ne cherchait pas seulement à attirer les enseignants par une revalorisation financière - bien nécessaire - de leur fonction, mais aussi en sollicitant leur inventivité, leur imagination, leur désir de franchir de nouvelles frontières, les seules frontières qui comptent vraiment, celles qui séparent la fatalité de la liberté ?

Philippe Meirieu montre, dans ce livre, que l'École et la mission qui est la sienne - permettre à tous les jeunes de comprendre et transformer Ie monde - exigent que soit redéfini le métier d'enseignant. Il plaide pour que l'instituteur et le professeur, de l'école primaire à l'université, ne se contentent plus d'être de simples « transmetteurs » de connaissances, mais deviennent de véritables « entraîneurs », organisateurs, avec leurs élèves, de l'aventure quotidienne de l'apprendre.

Mais ce livre n'en reste pas aux recommandations, il fournit aussi un modèle de l'apprentissage qui permet à chacun de passer aux actes ; il aborde enfin, de manière très concrète, les questions qui se posent aujourd'hui à I'École : comment apprendre aux élèves à travailler ? Ou, avec qui et comment ? Quels rapports entretenir avec les parents ? Quelle formation envisager pour les enseignants ? Quelles   perspectives de transformation structurelle faut-il imaginer ?